Transmettre son patrimoine

Renoncer à une Succession : Procédure, Délais, Conséquences

Renoncer à une succession endettée : formulaire au greffe ou chez le notaire, délais de 4 mois et 10 ans, frais funéraires dus et place de vos enfants.

Publié le 15 juillet 2026

Renoncer à une succession est un droit : par simple déclaration au greffe du tribunal judiciaire (formulaire cerfa 15828) ou devant notaire, vous êtes réputé n'avoir jamais été héritier, vous ne recevez rien et ne payez aucune dette du défunt. Vous disposez d'au moins 4 mois pour vous décider, et de 10 ans au maximum. Deux points de vigilance : les frais funéraires d'un parent restent dus, et votre part revient à vos enfants par représentation.

Les trois options de l'héritier

Au décès, chaque héritier exerce ce que le Code civil appelle l'option successorale (article 768). Trois choix, et trois seulement :

  1. Accepter purement et simplement : vous recevez votre part de l'actif, mais vous répondez des dettes du défunt, y compris sur votre patrimoine personnel si elles dépassent l'héritage.
  2. Accepter à concurrence de l'actif net : vous ne payez les dettes que dans la limite des biens reçus. Une protection utile quand la situation du défunt est incertaine, au prix d'un formalisme lourd (déclaration au greffe ou chez un notaire, inventaire par un commissaire de justice ou un notaire dans les 2 mois, publicité pour les créanciers).
  3. Renoncer : vous ne recevez rien et ne payez rien. C'est l'objet de cet article.

L'option est indivisible (on ne peut pas accepter les biens et refuser les dettes) et s'exerce héritier par héritier : dans une même fratrie, l'un peut accepter et l'autre renoncer.

Pourquoi renoncer à une succession

Le motif le plus fréquent est une succession déficitaire : crédits impayés, dettes fiscales, cautions, loyers dus. Si le passif dépasse visiblement l'actif, la renonciation vous met définitivement à l'abri des créanciers du défunt.

Le second motif est patrimonial et beaucoup moins connu : faire sauter une génération. En renonçant, un héritier déjà installé laisse sa part à ses propres enfants par représentation. Le patrimoine passe directement des grands-parents aux petits-enfants, sans double taxation à quelques années d'intervalle. Avant d'en arriver là, chiffrez ce que chaque scénario coûterait avec notre méthode de calcul des droits de succession.

Dernier cas de figure : renoncer au profit de l'équilibre familial, par exemple pour laisser la totalité à un frère ou une sœur qui s'est occupé du défunt. Attention : la renonciation est abdicative, pas translative. Vous ne choisissez pas qui reçoit votre part ; elle suit l'ordre légal décrit dans notre article sur la succession sans testament.

Exemple chiffré : renoncer pour transmettre aux petits-enfants

Un grand-père décède en laissant 200 000€ à son fils unique, lui-même père de 2 enfants. S'il accepte, le fils déduit son abattement de 100 000€ et paie environ 18 194€ de droits ; le capital sera de nouveau taxé à son propre décès. S'il renonce, ses 2 enfants reçoivent 100 000€ chacun par représentation et se partagent l'abattement de leur père (50 000€ chacun) : part taxable de 50 000€, soit environ 8 194€ de droits par petit-enfant, 16 389€ au total. La facture immédiate est proche, mais une génération de taxation a disparu.

La procédure : greffe du tribunal ou notaire

La renonciation ne se présume jamais : tant que vous n'avez rien signé, vous n'avez pas renoncé. Deux voies possibles (service-public.gouv.fr) :

  • Au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession, c'est à dire du dernier domicile du défunt. Un majeur remplit le formulaire cerfa 15828, joint une copie intégrale de l'acte de décès, son acte de naissance et sa pièce d'identité, et dépose ou envoie le tout par courrier. La démarche est gratuite.
  • Devant notaire, possible depuis novembre 2017 : le notaire dresse l'acte de renonciation et en adresse copie au tribunal dans le mois. Cette voie est naturelle quand un notaire est déjà chargé du dossier, par exemple parce que la succession comporte un bien immobilier, comme expliqué dans notre article sur les frais de notaire en succession.

Cas particuliers : pour un héritier mineur ou un majeur protégé, la renonciation exige l'accord des deux parents ou l'autorisation du juge, avec des formulaires dédiés (15832 et 15830).

Les délais : 4 mois, 2 mois, 10 ans

Le calendrier de l'option successorale tient en trois chiffres :

Délai Ce qui se passe
4 mois après le décès Période de réflexion : personne ne peut vous obliger à choisir
Après 4 mois Un créancier, un cohéritier, un héritier de rang suivant ou l'État peut vous sommer d'opter : vous avez 2 mois pour répondre (ou demander un délai au juge), sinon vous êtes réputé acceptant
10 ans Sans sommation, l'option se prescrit : passé 10 ans, vous êtes réputé renonçant

Un piège à éviter pendant la réflexion : certains actes valent acceptation tacite. Vendre un bien de la succession, encaisser un loyer du défunt ou vider son compte, c'est accepter. Les actes purement conservatoires (payer les obsèques, les impôts dus, une facture urgente) restent en revanche autorisés. Sur le sort des comptes du défunt et ce que la banque autorise, voir notre article sur le compte bancaire en succession.

Les conséquences de la renonciation

L'effet est radical : le renonçant est réputé n'avoir jamais été héritier (article 805 du Code civil, Légifrance).

  • Aucun bien reçu, aucune dette due. Les créanciers du défunt ne peuvent rien vous réclamer.
  • Une exception d'ordre public : les frais funéraires. Si le défunt est votre ascendant ou descendant, vous restez tenu de contribuer aux obsèques à proportion de vos moyens (article 806 du Code civil), même en renonçant.
  • Aucune déclaration de succession à déposer pour le renonçant, et aucun droit à payer.
  • Votre part est redistribuée. Vos enfants viennent à votre place par représentation (article 754 du Code civil) et se partagent votre abattement de 100 000€. Sans descendants, votre part accroît celle de vos cohéritiers, ce qui peut alourdir leur facture fiscale : le barème complet figure dans notre article sur les droits de succession 2026.

Point souvent ignoré : la renonciation à la succession ne touche pas l'assurance-vie. Le capital d'un contrat dont vous êtes bénéficiaire vous reste dû, car il est traité hors succession, comme le détaille notre article assurance-vie et succession. On peut donc renoncer à une succession endettée et percevoir malgré tout l'assurance-vie.

Hériter, renoncer, laisser sa part à ses enfants : chaque option a un coût fiscal différent pour la famille. Chiffrez les scénarios avant de signer : faites votre bilan transmission gratuit →

Renonciation ou acceptation à concurrence de l'actif net ?

Quand le passif est incertain plutôt que manifestement supérieur à l'actif, l'acceptation à concurrence de l'actif net est souvent préférable : si l'inventaire révèle un solde positif, vous le gardez ; s'il est négatif, vous ne payez rien au-delà des biens reçus. La renonciation, elle, est adaptée quand les dettes sont évidentes ou quand l'objectif est de transmettre à la génération suivante. Dans les deux cas, la décision est structurante et technique : faites valider votre choix par un notaire avant d'opter, surtout si un bien immobilier ou une entreprise figure dans la succession.

Et si c'est vous qui héritez d'un patrimoine net positif, la question devient : qu'en faire ? Notre guide recevoir un héritage, que faire donne la méthode.

Ce qu'il faut retenir

Renoncer à une succession est simple (un formulaire au greffe ou un acte notarié, gratuit ou presque), encadré (4 mois de réflexion minimum, 10 ans maximum) et protecteur (aucune dette du défunt, hors frais funéraires d'un parent). C'est aussi un outil de transmission : votre renonciation fait hériter vos enfants à votre place, avec partage de votre abattement de 100 000€. Avant de choisir entre acceptation, acceptation à concurrence de l'actif net et renonciation, mesurez l'impact fiscal de chaque option sur notre page dédiée à la succession et faites valider la décision par un notaire.


À lire aussi

FAQ

Questions fréquentes

Trouvez rapidement les réponses à vos questions

Par déclaration au greffe du tribunal judiciaire du lieu d'ouverture de la succession (dernier domicile du défunt), avec le formulaire cerfa 15828 pour un majeur, ou par acte devant notaire, qui se charge alors d'en informer le tribunal. La démarche au greffe est gratuite ; joignez l'acte de décès, votre acte de naissance et une pièce d'identité.
Vous ne pouvez pas être contraint d'opter pendant les 4 mois qui suivent le décès. Ensuite, un créancier, un cohéritier, un héritier de rang subséquent ou l'État peut vous sommer de choisir : vous avez alors 2 mois pour répondre, sinon vous êtes réputé acceptant. Sans sommation, vous avez 10 ans pour opter ; au-delà, vous êtes réputé renonçant.
Pas vous : le renonçant est réputé n'avoir jamais été héritier et n'est tenu d'aucune dette de la succession. Les dettes suivent la succession vers les héritiers qui acceptent, ou vers l'État si tout le monde renonce (succession vacante). Seule exception : votre part des frais funéraires d'un ascendant ou descendant, due à proportion de vos moyens (article 806 du Code civil).
Oui, en ligne directe et entre frères et sœurs, vos enfants viennent par représentation (article 754 du Code civil) et recueillent la part que vous avez refusée. Fiscalement, ils se partagent votre abattement de 100 000€ et le barème s'applique comme s'ils étaient en ligne directe. Si vous n'avez pas de descendants, votre part accroît celle de vos cohéritiers.
Oui, sous conditions strictes : tant que le délai de 10 ans n'est pas écoulé et que la succession n'a pas déjà été acceptée par d'autres héritiers ou déclarée vacante, le renonçant peut révoquer sa renonciation en acceptant purement et simplement. À l'inverse, une acceptation est en principe irrévocable : demandez conseil avant d'opter.

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