Publié le 2 août 2026
L'héritage entre frère et sœur est lourdement taxé : après un abattement de 15 932€, les droits s'élèvent à 35% jusqu'à 24 430€ de part taxable, puis 45% au-delà. Une exonération totale existe pour le frère ou la sœur cohabitant sous trois conditions strictes (article 796-0 ter du CGI). Sans testament, la fratrie n'hérite d'ailleurs que si le défunt ne laisse ni enfant ni conjoint.
Quand un frère ou une sœur hérite-t-il ?
Avant de parler fiscalité, encore faut-il que la fratrie hérite. Sans testament, le Code civil classe les héritiers par ordres, et les frères et sœurs appartiennent au deuxième ordre. Concrètement :
| Situation du défunt | Part de la fratrie |
|---|---|
| Enfants ou petits-enfants présents | Rien |
| Conjoint survivant, pas d'enfant | Rien (sauf droit de retour sur les biens de famille) |
| Ni enfant ni conjoint, père et mère vivants | La moitié (1/4 à chaque parent) |
| Ni enfant ni conjoint, un seul parent vivant | Les 3/4 |
| Ni enfant, ni conjoint, ni parent | La totalité, à parts égales |
Le droit de retour légal mérite une précision : si le défunt marié sans enfant avait reçu des biens de ses parents par donation ou succession, ses frères et sœurs (ou leurs enfants) recueillent la moitié de ces biens de famille, le reste allant au conjoint. L'ordre complet des héritiers et la mécanique de la représentation sont détaillés dans notre article succession sans testament.
En présence d'enfants ou d'un conjoint, transmettre à un frère ou une sœur suppose donc un testament, dans la limite de la quotité disponible (la moitié du patrimoine avec 1 enfant, 1/3 avec 2, 1/4 avec 3 et plus). Les formes et le coût sont expliqués dans notre guide faire un testament.
Abattement et barème 2026 entre frères et sœurs
La fiscalité applicable est fixée par le CGI et récapitulée sur service-public.gouv.fr :
| Élément | Montant 2026 |
|---|---|
| Abattement par frère ou sœur | 15 932€ |
| Taux jusqu'à 24 430€ de part taxable | 35% |
| Taux au-delà de 24 430€ | 45% |
À titre de comparaison, un enfant bénéficie d'un abattement de 100 000€ et d'un barème qui plafonne longtemps à 20% ; un neveu ou une nièce n'a que 7 967€ d'abattement et un taux unique de 55%. Le barème complet par lien de parenté figure dans notre article sur les droits de succession 2026.
Exemple : un frère hérite de 100 000€
- Part reçue : 100 000€
- Abattement : 15 932€, part taxable : 84 068€
- Tranche à 35% : 24 430€ x 35% = 8 550€
- Tranche à 45% : 59 638€ x 45% = 26 837€
- Droits dus : environ 35 388€, soit un taux effectif de 35,4%
Le contraste avec la ligne directe est brutal : un enfant qui reçoit les mêmes 100 000€ ne paie rien du tout, son abattement couvrant la totalité.
L'exonération du frère ou de la sœur cohabitant
L'article 796-0 ter du CGI prévoit une exonération totale de droits de succession pour le frère ou la sœur qui remplit simultanément trois conditions au moment du décès (service-public.gouv.fr) :
| Condition | Détail |
|---|---|
| Situation familiale | Être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps |
| Âge ou santé | Avoir plus de 50 ans, ou être atteint d'une infirmité ne permettant pas de travailler |
| Cohabitation | Avoir été constamment domicilié avec le défunt pendant les 5 années précédant le décès |
Ce régime vise typiquement deux frères ou sœurs âgés vivant ensemble dans la maison familiale : le survivant hérite alors sans payer un centime. Les conditions sont d'interprétation stricte : une cohabitation interrompue (sauf hospitalisation ou séjour en maison de retraite admis par la doctrine dans certains cas) ou un mariage remettent tout en cause. Justificatifs à conserver : avis d'imposition à la même adresse, factures, attestations. En cas de doute sur votre éligibilité, faites valider la situation par le notaire avant de déposer la déclaration.
Et les neveux et nièces ?
La question suit souvent celle de la fratrie : quand un frère ou une sœur est décédé avant le défunt (ou renonce), ses enfants viennent à la succession par représentation. Ils se partagent alors la part et l'abattement de 15 932€ de leur parent, avec le barème frère-sœur à 35% puis 45%. En dehors de la représentation, un neveu ou une nièce gratifié directement par testament relève d'un régime nettement moins favorable : abattement de 7 967€ et taux unique de 55%. La distinction entre les deux situations change donc fortement la facture, à montant transmis égal : un legs direct "à mon neveu" peut coûter plus cher que la part que le même neveu aurait reçue par représentation de son parent.
Renoncer peut être une stratégie
Autre situation fréquente : un frère ou une sœur hérite d'une petite somme lourdement taxée, ou d'une succession endettée. La renonciation permet alors de laisser la part aux héritiers suivants, souvent les neveux et nièces qui viennent par représentation. Attention : en cas de représentation, les neveux se partagent l'abattement de leur parent renonçant et le barème frère-sœur, ce qui peut rester avantageux par rapport à leur régime propre. Les modalités pratiques sont décrites dans notre article renoncer à une succession.
Comment réduire la facture : les vrais leviers
Le testament répartit, mais ne défiscalise pas. Pour alléger réellement la note d'un frère ou d'une sœur, trois outils se combinent :
- L'assurance-vie avant 70 ans : chaque bénéficiaire désigné reçoit jusqu'à 152 500€ en franchise, puis subit un prélèvement de 20% (jusqu'à 700 000€ taxables). Face à un barème à 45%, l'écart est massif : sur 100 000€ transmis, l'assurance-vie ne coûte rien, contre environ 35 388€ en succession classique. Le fonctionnement précis est détaillé dans notre article assurance-vie et succession.
- Donner de son vivant : l'abattement de 15 932€ entre frères et sœurs s'applique aussi aux donations et se reconstitue tous les 15 ans. Donner tôt permet de consommer plusieurs cycles d'abattement, comme l'explique notre guide de la donation de son vivant.
- Vérifier l'exonération de l'article 796-0 ter : si la cohabitation de 5 ans et les autres conditions sont réunies, l'exonération totale prime sur tout le reste ; il serait dommage de payer 45% faute d'avoir produit les justificatifs.
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Déclaration et paiement : les règles communes
La transmission entre frères et sœurs suit les règles générales : déclaration de succession dans les 6 mois du décès en France (12 mois pour un décès à l'étranger), paiement des droits au dépôt (impots.gouv.fr). La dispense de déclaration pour les petites successions est ici limitée : elle ne joue que si l'actif brut est inférieur à 3 000€ (contre 50 000€ en ligne directe). Le rôle du notaire et ses émoluments sont détaillés dans notre article sur les frais de notaire en succession.
Ce qu'il faut retenir
L'héritage entre frère et sœur cumule un abattement modeste (15 932€) et des taux élevés (35% puis 45%) : recevoir 100 000€ en coûte environ 35 388€. Deux issues principales existent : l'exonération totale du cohabitant de l'article 796-0 ter, aux conditions strictes, et l'anticipation par assurance-vie et donations, qui divise la facture. Sans testament, rappelons-le, la fratrie n'hérite qu'en l'absence d'enfant et de conjoint. Pour situer ce cas dans l'ensemble des règles, consultez notre page dédiée à la succession.