Publié le 15 juillet 2026
Racheter des trimestres coûte entre 1 055€ et plus de 6 000€ par trimestre en 2026, selon votre âge, vos revenus et l'option choisie, et le montant est intégralement déductible du revenu imposable. L'opération est rentable dans un cas bien précis : un départ proche, une décote certaine et une TMI élevée. Elle peut alors rapporter l'équivalent d'un rendement à deux chiffres. Dans les autres cas, l'épargne retraite classique fait souvent mieux.
Le versement pour la retraite : qui peut racheter quoi
Le dispositif officiel, dit versement pour la retraite (souvent appelé rachat Fillon), est décrit par service-public.fr. Il permet de racheter jusqu'à 12 trimestres, entre 20 et 66 ans, au titre de :
- années d'études supérieures validées par un diplôme (les classes préparatoires et écoles comptent) ;
- années civiles incomplètes, celles où moins de 4 trimestres ont été validés : débuts de carrière, petits boulots, années à l'étranger, passages en indépendance à faible revenu.
Ce dernier cas concerne particulièrement les carrières hachées et les indépendants, dont les premières années valident rarement 4 trimestres.
Les deux options de rachat
Le prix et l'effet diffèrent selon l'option :
- Taux seul : le trimestre racheté réduit la décote (0,625 point de taux par trimestre manquant) mais ne compte pas dans le coefficient de proratisation. Moins cher.
- Taux et durée d'assurance : le trimestre agit sur les deux termes de la formule de pension, décote et proratisation. Plus cher, environ 30 à 50% de plus selon les profils.
Pour comprendre l'impact exact sur votre pension, la mécanique complète (SAM, taux, proratisation) est détaillée dans notre guide du calcul de la pension de retraite.
Les prix 2026 : le barème complet
Fait notable : aucun nouveau barème n'ayant été publié depuis 2013, c'est toujours le barème 2013 qui s'applique en 2026. Le prix d'un trimestre dépend de trois paramètres :
- votre âge au moment du rachat : plus le rachat est tardif, plus il est cher (le trimestre servira plus vite) ;
- votre revenu moyen des 3 dernières années, comparé au PASS (48 060€ en 2026), avec 3 tranches : moins de 75% du PASS, entre 75% et 100%, au-delà du PASS ;
- l'option choisie (taux seul ou taux et durée).
Fourchette globale 2026 : de 1 055€ à plus de 6 000€ par trimestre. Exemple pour un revenu au niveau du PASS, en option taux seul : environ 1 407€ à 20 ans, 2 631€ à 40 ans et 4 454€ à 60 ans. Racheter 8 trimestres à 60 ans avec de bons revenus représente donc souvent 35 000 à 50 000€ : c'est un investissement, il se calcule comme tel.
La déduction fiscale change tout
Le montant versé est déductible du revenu imposable sans plafond, contrairement aux versements PER. Conséquence directe :
- en TMI 41% : un trimestre payé 4 500€ coûte réellement environ 2 655€ ;
- en TMI 30% : environ 3 150€ ;
- en TMI 11% : environ 4 005€.
Le rachat est donc structurellement plus intéressant pour les hauts revenus en fin de carrière, précisément le profil qui rachète le plus cher au barème. Les deux effets se compensent en partie.
Quand le rachat est-il rentable ?
Le cas favorable : décote certaine, départ proche, TMI élevée
Prenons un cas type : Sophie, 60 ans, TMI 41%, veut partir à l'âge légal avec 2 trimestres manquants. Sans rachat, sa pension de base subirait le double effet décote + proratisation, soit environ 44€ brut de moins par mois, à vie, sur une base de 1 200€ (hypothèse simplifiée, hors effet sur la complémentaire, qui applique ses propres coefficients). Elle rachète 2 trimestres en option taux et durée pour environ 11 000€, soit environ 6 500€ après déduction fiscale à 41%. Gain : environ 530€ brut par an, soit un point mort autour de 12 ans de retraite. Le retour est donc plus long qu'on ne le lit souvent, mais le rachat reste pertinent : au-delà du point mort, chaque année est gagnée, et le gain est revalorisé comme les pensions.
Le rachat est d'autant plus rentable que :
- la décote évitée est réelle (vous ne l'auriez pas effacée autrement, ni par l'emploi, ni par le taux plein automatique à 67 ans) ;
- votre TMI est élevée l'année du versement (possibilité d'étaler les rachats sur plusieurs années fiscales) ;
- votre espérance de retraite est longue.
Les cas défavorables
- Loin du départ : avant 50 ans, l'incertitude sur la carrière et les règles rend le pari hasardeux ; un versement PER déductible offre une flexibilité bien supérieure pour un avantage fiscal comparable, comme l'explique notre article sur le plafond de déduction PER.
- Trimestres qui seraient validés de toute façon : si vous comptez travailler jusqu'au taux plein, le rachat n'apporte rien.
- Règles mouvantes : la suspension de la réforme des retraites gèle l'âge légal à 62 ans et 9 mois et la durée associée pour les pensions prenant effet entre septembre 2026 et janvier 2028. Un rachat calibré sur les paramètres de la réforme 2023 peut perdre son utilité : vérifiez les règles applicables à votre génération dans notre article à quel âge partir à la retraite et auprès de votre caisse avant de signer.
Comment décider en pratique
- Éditez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr et identifiez précisément les trimestres manquants à votre date de départ visée.
- Demandez un devis officiel de rachat à votre caisse (le simulateur de l'Assurance retraite donne une première estimation).
- Comparez le coût net d'impôt au gain annuel de pension : un point mort inférieur à 10-12 ans de retraite est généralement considéré comme favorable.
- Comparez avec l'alternative : le même montant versé sur un PER ou investi en SCPI produit-il plus ? La réponse dépend de votre TMI et de votre horizon.
Les démarches, pas à pas
- Demande officielle auprès de votre caisse de retraite (formulaire de demande d'évaluation de versement pour la retraite), avec relevé de carrière et justificatifs (diplôme pour les années d'études).
- Devis de la caisse : vous recevez une évaluation ferme du coût par trimestre selon votre situation, sans engagement.
- Choix et paiement : vous validez le nombre de trimestres et l'option ; le paiement peut être comptant ou échelonné sur plusieurs années selon le nombre de trimestres rachetés (l'échelonnement fait l'objet de majorations, précisées dans le devis).
- Déclaration fiscale : les sommes versées dans l'année se déduisent du revenu imposable de cette même année ; un étalement du paiement étale donc aussi l'avantage fiscal, ce qui peut être optimal pour rester dans une TMI élevée chaque année.
Comptez plusieurs mois entre la demande et la validation : anticipez par rapport à votre date de départ visée. À noter également : le versement pour la retraite concerne le régime de base ; la complémentaire AGIRC-ARRCO n'est pas rachetée, mais elle bénéficie indirectement du rachat lorsque celui-ci vous permet d'atteindre le taux plein, car ses propres coefficients de minoration sont alignés sur la situation du régime de base. Un trimestre racheté peut donc rapporter au-delà de la seule pension de base, ce qui améliore encore le point mort calculé plus haut.
Pour comparer un rachat de trimestres avec un versement PER déductible selon votre TMI : utilisez notre simulateur retraite gratuit →
Ce qu'il faut retenir
Le rachat de trimestres est un excellent outil dans une fenêtre étroite : 55-64 ans, décote certaine, TMI 30% et plus. Compté net de déduction fiscale, son point mort tombe souvent sous 10 ans de retraite, ce qu'aucun placement garanti n'offre. En dehors de cette fenêtre, préférez la souplesse de l'épargne retraite : notre comparatif des solutions figure dans complément de revenu retraite et le cadre général sur notre page retraite. Décision à valider avec votre caisse et un conseiller, les règles d'âge étant gelées jusqu'à janvier 2028.