Publié le 15 juillet 2026
La pension de réversion permet de percevoir une partie de la retraite d'un conjoint ou ex-conjoint décédé : 54% de sa retraite de base (sous conditions d'âge, de mariage et de ressources) et 60% de sa complémentaire AGIRC-ARRCO (sans condition de ressources). En 2026, le plafond de ressources du régime général est de 25 001,60€ brut par an pour une personne seule et la condition d'âge reste fixée à 55 ans. La réversion n'est jamais automatique : elle se demande, régime par régime ou via la demande unique d'info-retraite.fr.
Réversion de base : trois conditions à remplir
La réversion du régime général (salariés, indépendants, agents non titulaires) obéit à trois conditions cumulatives, détaillées sur service-public.gouv.fr.
Avoir été marié avec le défunt
Seul le mariage compte, quelle qu'ait été sa durée. Les partenaires de PACS et les concubins sont exclus de tous les régimes de réversion : c'est l'un des angles morts patrimoniaux les plus fréquents chez les couples non mariés, qui doivent organiser la protection du survivant par d'autres outils (assurance-vie, clause bénéficiaire, prévoyance).
Bon à savoir : le divorce ne fait pas perdre le droit. Un ex-conjoint divorcé non remarié peut demander la réversion, même s'il vit en couple avec quelqu'un d'autre au moment du décès.
Avoir au moins 55 ans
L'âge minimum est de 55 ans au régime général. En dessous, aucune réversion de base n'est possible (une allocation veuvage existe pour les conjoints plus jeunes, sous conditions strictes de ressources).
Respecter le plafond de ressources 2026
La réversion de base est soumise à condition de ressources. En 2026, vos ressources annuelles brutes ne doivent pas dépasser :
- 25 001,60€ si vous vivez seul (soit 2 080 fois le SMIC horaire) ;
- 40 002,56€ si vous vivez en couple (remariage, PACS ou concubinage).
Sont notamment comptés vos revenus d'activité (avec un abattement si vous avez 55 ans ou plus), vos retraites personnelles et les revenus de vos biens propres. Le mécanisme est différentiel : si le total ressources + réversion dépasse le plafond, la pension est réduite du montant du dépassement. Elle peut donc être partielle, puis révisée quand vos ressources changent.
Le calcul : 54% de la pension du défunt
La réversion de base est égale à 54% de la retraite que le conjoint décédé percevait, ou aurait pu percevoir s'il n'était pas encore retraité. Deux garde-fous s'y ajoutent :
- Un minimum : 4 019,13€ par an, soit 334,92€ par mois, si le défunt réunissait au moins 15 ans (60 trimestres) d'assurance au régime général. En dessous de 15 ans, le minimum est proratisé.
- Des majorations : +10% si vous avez eu ou élevé au moins 3 enfants, une majoration par enfant à charge sous conditions, et une majoration possible à 67 ans si le total de vos retraites reste sous un seuil trimestriel.
À noter : la pension que le défunt aurait perçue dépend de sa carrière (SAM, trimestres, décote éventuelle). Pour comprendre cette mécanique, voir notre article sur le calcul de la pension de retraite.
AGIRC-ARRCO : 60%, sans plafond, mais gare au remariage
Pour les salariés du privé, la réversion de la complémentaire AGIRC-ARRCO suit des règles différentes, souvent plus favorables :
- Taux : 60% des points du défunt (contre 54% pour la base) ;
- Aucune condition de ressources : vos revenus n'ont aucun impact ;
- Âge : 55 ans, sans condition d'âge si vous avez au moins 2 enfants à charge au moment du décès ou si vous êtes invalide ;
- Remariage : suppression définitive. C'est la grande différence avec la base : si vous vous remariez, la réversion AGIRC-ARRCO est perdue à vie, même si ce nouveau mariage se termine par un divorce.
Chez les cadres, dont la complémentaire pèse souvent plus lourd que la base, cette part à 60% représente fréquemment l'essentiel de la réversion totale.
Exemple chiffré : Marie, 62 ans, veuve d'un salarié
Le mari de Marie percevait 1 400€ brut par mois de retraite de base et 600€ de complémentaire AGIRC-ARRCO. Marie perçoit 1 200€ brut par mois de retraite personnelle et vit seule.
- Réversion de base : 54% x 1 400€ = 756€ par mois (9 072€ par an). Contrôle du plafond : ses ressources (14 400€ par an) plus la réversion (9 072€) totalisent 23 472€, sous le plafond de 25 001,60€ : elle perçoit la totalité.
- Réversion AGIRC-ARRCO : 60% x 600€ = 360€ par mois, sans condition de ressources.
- Total : 1 116€ de réversion, qui portent ses revenus à 2 316€ brut par mois.
Si Marie percevait 1 800€ de retraite personnelle (21 600€ par an), le total atteindrait 30 672€ : la réversion de base serait réduite d'environ 473€ par mois (le dépassement annuel divisé par 12), la part AGIRC-ARRCO restant intacte.
Ex-conjoints et conjoints multiples : le partage
Lorsque le défunt s'est marié plusieurs fois, la réversion de base est partagée entre le conjoint survivant et les ex-conjoints non remariés, au prorata de la durée de chaque mariage. Chaque bénéficiaire doit remplir individuellement les conditions d'âge et de ressources. Au décès de l'un des bénéficiaires, sa part peut être réattribuée aux autres.
Les démarches : à faire vite, rien n'est automatique
Aucune caisse ne verse la réversion spontanément. La démarche la plus efficace est la demande unique inter-régimes en ligne sur info-retraite.fr : un seul formulaire couvre la retraite de base et les complémentaires. Préparez l'acte de décès, votre pièce d'identité, le livret de famille et vos justificatifs de ressources.
Ne tardez pas : le point de départ de la réversion dépend de la date de votre demande. Une demande déposée plusieurs mois après le décès peut faire perdre définitivement des mensualités.
Une réforme de la réversion est-elle prévue ?
Des travaux d'harmonisation sont à l'étude depuis plusieurs années (taux unique entre régimes, révision de la condition de ressources, situation des couples pacsés), et le sujet revient régulièrement dans le débat public. À ce jour, aucune réforme n'a été adoptée : les règles décrites ici (54% sous plafond au régime général, 60% sans plafond à l'AGIRC-ARRCO, 50% dans la fonction publique) restent celles applicables en 2026. Méfiez-vous des annonces non officielles : vérifiez toujours sur service-public.gouv.fr.
Réversion et stratégie patrimoniale : ne pas tout miser dessus
La réversion protège, mais partiellement : le survivant perd entre 40 et 46% de la pension du défunt, alors que certaines charges du foyer (logement, énergie) ne baissent presque pas. Anticiper ce risque fait partie d'une vraie stratégie retraite : épargne au nom de chaque conjoint, complément de revenu retraite constitué pendant la vie active, et clause bénéficiaire soignée. Le PER est ici doublement utile, y compris pour la transmission : voir PER et succession et notre page retraite.
La réversion ne remplacera qu'une partie de la pension du conjoint : pour chiffrer le complément de revenus à constituer de votre côté et l'économie d'impôt qui le finance, utilisez notre simulateur retraite gratuit →
Ce qu'il faut retenir
La pension de réversion se joue sur trois chiffres : 54% de la base sous plafond de ressources (25 001,60€ par an pour une personne seule en 2026), 60% de l'AGIRC-ARRCO sans condition de ressources, et 55 ans d'âge minimum. Le mariage est la porte d'entrée exclusive, le remariage fait perdre la part complémentaire, et rien n'est versé sans demande. Enfin, la réversion est un filet, pas un plan : la protection du conjoint survivant se construit aussi par l'épargne et la transmission, à chiffrer avec une simulation retraite.