Publié le 15 juillet 2026
Comment fonctionne la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO ? C'est un régime par points, obligatoire pour tous les salariés du privé : vos cotisations achètent des points tout au long de la carrière (valeur d'achat 20,1877€ en 2026), et à la liquidation votre pension annuelle brute = nombre de points x 1,4386€. Elle se demande en même temps que la retraite de base, 4 à 6 mois avant le départ, et le malus de 10% qui frappait les nouveaux retraités est supprimé depuis le 1er décembre 2023.
Le second étage de la retraite des salariés du privé
Né de la fusion des régimes des cadres (AGIRC) et des non-cadres (ARRCO) au 1er janvier 2019, le régime AGIRC-ARRCO couvre l'ensemble des salariés du secteur privé, cadres et non-cadres. Il complète la retraite de base de l'Assurance retraite, calculée selon la formule détaillée dans notre guide du calcul de la pension de retraite.
Son poids est loin d'être accessoire : la complémentaire représente souvent 30% de la pension totale d'un non-cadre et jusqu'à 60% de celle d'un cadre supérieur, dont le salaire dépasse le plafond de la Sécurité sociale. Comprendre sa mécanique, vérifier ses points et choisir le bon moment de liquidation sont donc trois leviers directs sur votre futur revenu.
Des cotisations aux points : la mécanique d'acquisition
Chaque mois, des cotisations AGIRC-ARRCO sont prélevées sur votre salaire brut, en part salariale et en part patronale, sur deux tranches : la tranche 1 (jusqu'au plafond de la Sécurité sociale) et la tranche 2 (de 1 à 8 plafonds). Ces cotisations sont converties en points selon la formule :
Points acquis dans l'année = cotisations contractuelles / valeur d'achat du point
La valeur d'achat, publiée par l'AGIRC-ARRCO, est de 20,1877€ en 2026, montant inchangé par rapport à 2025. Concrètement, 2 018,77€ de cotisations contractuelles achètent 100 points.
Une subtilité à connaître : les cotisations sont appelées à 127% de leur taux contractuel (le taux d'appel). Cette fraction supplémentaire de 27% finance l'équilibre du régime mais ne génère aucun point. Des points peuvent aussi être attribués sans cotisation pour certaines périodes (chômage indemnisé, maladie de plus de 60 jours consécutifs, maternité), sur la base de votre activité antérieure.
Points x 1,4386€ : le calcul de la pension
À la liquidation, la formule est d'une grande simplicité :
Pension annuelle brute = nombre total de points x valeur de service du point
La valeur de service est de 1,4386€. Exemple : 6 000 points x 1,4386€ = 8 631,60€ par an, soit environ 719€ brut par mois, avant prélèvements sociaux (CSG, CRDS, Casa, cotisation maladie le cas échéant).
Deux ajustements peuvent modifier ce montant :
- Les majorations familiales : une majoration s'applique pour les enfants à charge au moment de la retraite ou pour trois enfants et plus nés ou élevés (majoration plafonnée) ; les deux ne se cumulent pas, la plus favorable est retenue.
- La minoration pour anticipation : en cas de liquidation avant le taux plein de la base (voir plus bas), un coefficient définitif réduit la pension.
La revalorisation du 1er novembre
La valeur de service est en principe revalorisée chaque 1er novembre, sur décision du conseil d'administration du régime, dans le cadre fixé par les accords des partenaires sociaux. À l'automne 2025, aucun accord n'a été trouvé : la valeur du point est donc restée à 1,4386€, montant en vigueur depuis le 1er novembre 2024, et maintenue jusqu'au 31 octobre 2026. La prochaine décision interviendra à l'automne 2026. Ce gel, une première depuis la fusion de 2019, rappelle une réalité : le rendement du régime dépend de négociations sur lesquelles l'assuré n'a aucune prise.
Vérifier ses points : le réflexe à prendre bien avant 60 ans
Votre nombre de points est la seule variable du calcul qui dépende de votre carrière. Il se vérifie sur votre relevé de carrière :
- depuis votre espace personnel sur agirc-arrco.fr, qui détaille les points acquis année par année et par employeur ;
- ou sur info-retraite.fr, le portail inter-régimes, qui consolide base et complémentaire.
Vérifiez que chaque année d'activité figure au relevé avec des points cohérents : employeurs manquants, années incomplètes, périodes de chômage ou de maladie non reportées sont les anomalies les plus fréquentes, et elles se corrigent sur justificatifs (bulletins de salaire, attestations). Le bon tempo : un contrôle complet vers 55 ans, puis une vérification finale avant la demande de retraite. Un oubli de 300 points, c'est environ 431€ de pension annuelle perdue, à vie.
À quel âge demander sa complémentaire ?
La retraite complémentaire s'aligne sur la retraite de base, dont les âges sont détaillés dans notre article à quel âge partir à la retraite :
- Sans minoration : si votre retraite de base est liquidée à taux plein (durée d'assurance complète à l'âge légal, gelé à 62 ans et 9 mois pour les pensions prenant effet entre le 1er septembre 2026 et janvier 2028, ou automatiquement à 67 ans), votre complémentaire est versée à 100% de vos points.
- Avec minoration définitive : une liquidation est possible dès 57 ans, sans condition de taux plein, mais un coefficient de minoration s'applique alors définitivement, en fonction de l'âge ou des trimestres manquants. Contrairement à la décote de la base qui s'annule à 67 ans, cette minoration ne se rattrape jamais.
Le coefficient de solidarité (malus de 10%) : supprimé
De 2019 à 2023, le régime appliquait un coefficient de solidarité : les assurés qui liquidaient leur complémentaire dès l'obtention du taux plein subissaient un malus de 10% pendant 3 ans, sauf à décaler leur demande d'un an. Ce dispositif est supprimé, comme le confirme service-public.gouv.fr : aucun malus pour les retraites prenant effet depuis le 1er décembre 2023, et suppression au 1er avril 2024 pour les retraités qui le subissaient encore. Le bonus symétrique (majoration temporaire en cas de décalage de 2 ans ou plus) a disparu avec lui. Conséquence pratique : il n'y a plus aucune raison d'attendre pour demander sa complémentaire une fois le taux plein acquis.
Réversion : 60% pour le conjoint survivant
En cas de décès, le conjoint survivant peut percevoir une pension de réversion égale à 60% des droits AGIRC-ARRCO du défunt, à partir de 55 ans (sans condition d'âge s'il est invalide ou a 2 enfants à charge). Deux différences majeures avec la réversion du régime de base : elle n'est soumise à aucune condition de ressources, mais elle est réservée aux couples mariés (le Pacs et le concubinage n'ouvrent aucun droit) et supprimée en cas de remariage. En présence d'ex-conjoints, elle est partagée au prorata de la durée de chaque mariage. La demande n'est jamais automatique : les règles complètes, régime de base inclus, sont détaillées dans notre article sur la pension de réversion.
La demande en pratique : 4 à 6 mois avant le départ
La démarche, décrite sur service-public.gouv.fr et agirc-arrco.fr, tient en trois points :
- Une seule demande : la demande de retraite inter-régimes, en ligne, vaut pour la base et la complémentaire ; inutile de solliciter chaque caisse séparément.
- Le bon délai : déposez-la 4 à 6 mois avant la date de départ choisie, le temps d'instruction évitant toute rupture de revenus.
- La date d'effet : la pension prend effet au plus tôt le 1er jour du mois suivant la demande ; une demande tardive fait perdre des mensualités, sans rétroactivité au-delà des règles de coordination avec la base.
Après la liquidation, la reprise d'une activité reste possible : les règles, y compris l'acquisition de nouveaux droits, sont détaillées dans notre article sur le cumul emploi-retraite.
Un revenu à compléter, pas à subir
Base plus complémentaire laissent souvent un taux de remplacement de 50 à 75% du dernier salaire, et le gel du point en 2025 rappelle que la revalorisation n'est jamais garantie. L'écart se comble pendant la carrière, pas après : les solutions sont comparées sur notre page retraite, le PER en tête pour son avantage fiscal à l'entrée.
Pour chiffrer l'écart entre votre future pension (base + AGIRC-ARRCO) et le revenu que vous visez, puis l'épargne mensuelle qui le comble : utilisez notre simulateur retraite gratuit →
Ce qu'il faut retenir
La retraite complémentaire AGIRC-ARRCO convertit vos cotisations en points (20,1877€ le point acheté en 2026), puis vos points en pension (1,4386€ par point, valeur maintenue jusqu'au 31 octobre 2026, revalorisation en principe chaque 1er novembre). Le malus de 10% a disparu depuis décembre 2023 : demandez base et complémentaire ensemble, 4 à 6 mois avant le départ, après avoir vérifié votre relevé de points. Et gardez en tête la réversion à 60%, sans condition de ressources mais réservée aux couples mariés.