Publié le 15 juillet 2026
La retraite progressive permet, dès 60 ans depuis le 1er septembre 2025, de passer à temps partiel (40 à 80% pour les salariés) tout en percevant une fraction de sa retraite égale au temps non travaillé, à condition de réunir 150 trimestres. Vous continuez d'acquérir des droits, et votre pension définitive est recalculée à la liquidation complète. C'est le dispositif de transition le plus souple entre vie active et retraite, et l'un des plus méconnus.
Le principe : lever le pied sans sacrifier sa pension
La retraite progressive repose sur un échange simple : vous réduisez votre temps de travail, et les caisses de retraite compensent une partie de la perte de salaire en vous versant, par anticipation, une fraction de votre future pension, base et complémentaire AGIRC-ARRCO incluses.
La fraction versée est le miroir de votre temps de travail : elle est égale au pourcentage de temps non travaillé. À 80% de temps de travail, vous touchez 20% de votre pension ; à 60%, vous en touchez 40% ; à 40%, le maximum, vous en touchez 60%.
Point essentiel : il ne s'agit pas d'une liquidation définitive. Vous restez actif, vous cotisez, et votre retraite finale sera recalculée en intégrant les trimestres et les points acquis pendant la période.
Les conditions 2026 : 60 ans et 150 trimestres
Depuis le 1er septembre 2025, les conditions ont été assouplies, comme le détaille service-public.gouv.fr :
- Avoir 60 ans, quelle que soit votre année de naissance. Auparavant, il fallait avoir atteint l'âge légal diminué de 2 ans, ce qui repoussait l'accès au fil de la réforme ;
- Totaliser 150 trimestres d'assurance (37,5 années), tous régimes de base confondus ;
- Exercer à temps partiel : entre 40 et 80% de la durée légale ou conventionnelle pour les salariés. Les fonctionnaires bénéficient d'une quotité de 50 à 90%, et les indépendants d'un mécanisme fondé sur la baisse de leurs revenus professionnels.
La condition de trimestres se vérifie sur votre relevé de carrière, consultable sur info-retraite.fr : contrôlez-le en amont, une erreur de quelques trimestres peut décaler votre éligibilité.
Deux précisions utiles pour les situations moins classiques. Si vous cumulez plusieurs employeurs, c'est la somme de vos temps partiels qui doit rester entre 40 et 80% d'un temps plein. Et depuis les assouplissements successifs du dispositif, les salariés au forfait jours et les mandataires sociaux relevant du régime général peuvent également y accéder, avec une réduction d'activité appréciée en jours travaillés ou en revenus.
L'accord de l'employeur : un cadre favorable au salarié
Le passage à temps partiel nécessite l'accord de l'employeur, mais la loi encadre sa réponse :
- Sans réponse écrite dans un délai de 2 mois, la demande est réputée acceptée ;
- Un refus doit être justifié par l'incompatibilité de la durée de travail souhaitée avec l'activité économique de l'entreprise.
En pratique, anticipez : formalisez la demande par écrit plusieurs mois avant la date visée, et déposez en parallèle votre demande de retraite progressive auprès de votre caisse et de l'AGIRC-ARRCO.
Les démarches, pas à pas
- Vérifiez votre relevé de carrière sur info-retraite.fr et corrigez les anomalies éventuelles (années manquantes, trimestres non reportés) : la condition des 150 trimestres se joue parfois à peu de chose ;
- Négociez le temps partiel avec votre employeur, par écrit, en précisant la quotité et la date d'effet souhaitées ;
- Déposez la demande de retraite progressive auprès de votre caisse régionale (en ligne sur lassuranceretraite.fr) idéalement 5 à 6 mois avant la date visée, avec l'avenant au contrat de travail à l'appui ; la complémentaire AGIRC-ARRCO est servie dans les mêmes proportions ;
- Choisissez ou non la surcotisation sur la base d'un temps plein, à formaliser avec l'employeur.
Exemple chiffré : Claire, 61 ans, cadre à 3 000€
Claire totalise 155 trimestres. Son salaire brut est de 3 000€ et sa pension complète est estimée à 1 600€ brut par mois à ce stade de sa carrière. Elle passe à 60% (3 jours par semaine) :
- Salaire à temps partiel : 3 000€ x 60% = 1 800€ brut ;
- Fraction de pension : 40% x 1 600€ = 640€ brut ;
- Revenu total : 2 440€ brut par mois, soit environ 81% de son revenu antérieur pour 60% du temps travaillé.
Claire continue de valider des trimestres et des points. Si elle surcotise sur la base d'un temps plein (option à négocier avec l'employeur), sa pension définitive sera quasiment identique à celle d'une fin de carrière à temps plein. Le mécanisme de calcul de la pension finale (SAM, taux, proratisation) est détaillé dans notre article sur le calcul de la pension de retraite.
Les pièges à vérifier avant de signer
- L'effet sur les 25 meilleures années : les années à temps partiel produisent des salaires plus faibles ; si votre carrière compte déjà 25 bonnes années, l'impact sur le SAM est nul, sinon il peut être réel ;
- La décote provisoire : la fraction de pension versée est calculée sur votre pension provisoire, décote comprise si vous n'avez pas encore tous vos trimestres ; le recalcul final corrige la situation si vous poursuivez jusqu'au taux plein ;
- Les primes et l'épargne salariale, souvent proratisées au temps de travail ;
- Le calendrier : la retraite progressive prend fin à la liquidation définitive ; l'âge auquel vous avez intérêt à liquider dépend des règles d'âge et de surcote décrites dans à quel âge partir à la retraite.
Retraite progressive ou cumul emploi-retraite ?
Les deux dispositifs répondent à des moments différents. La retraite progressive intervient avant la liquidation : elle protège vos droits futurs et convient si vous n'avez pas encore le taux plein. Le cumul emploi-retraite intervient après : la pension est définitivement liquidée et la reprise d'activité ne crée que des droits très limités. Pour une fin de carrière en douceur, la séquence gagnante est souvent : retraite progressive vers 60-62 ans, liquidation au taux plein, puis, si l'envie est là, cumul intégral.
Le troisième pilier : l'épargne pendant la transition
La retraite progressive réduit le revenu imposable, mais rarement la TMI : les dernières années d'activité restent les plus efficaces pour verser sur un PER et déduire les versements, pendant que le temps libéré permet de préparer la suite. Reprenons Claire : avec 2 440€ brut par mois, seule et sans autre revenu, elle est en TMI 11% ; un versement PER de 300€ par mois lui rend environ 396€ d'impôt par an, tout en alimentant le capital qui prendra le relais de son salaire à la liquidation définitive. Dans un foyer en TMI 30%, le même versement rendrait 1 080€ par an.
Combinée à un capital constitué en amont (voir combien épargner pour la retraite et notre page retraite), la transition peut ainsi se faire sans baisse de niveau de vie : la fraction de pension couvre une partie de l'écart, l'épargne couvre le reste, et les dernières déductions fiscales financent une partie de l'effort.
Avant de choisir votre quotité de temps partiel, chiffrez le complément de revenus dont vous aurez besoin après la liquidation définitive et l'économie d'impôt pour le constituer : utilisez notre simulateur retraite gratuit →
Ce qu'il faut retenir
La retraite progressive 2026 tient en trois chiffres : 60 ans, 150 trimestres, temps partiel entre 40 et 80%. Vous percevez la fraction de pension correspondant au temps non travaillé, vous continuez d'acquérir des droits, et le silence de l'employeur pendant 2 mois vaut accord. C'est un outil de transition puissant, à combiner avec une stratégie d'épargne chiffrée : commencez par une simulation retraite pour poser les bons ordres de grandeur.