Publié le 15 juillet 2026
Peut-on loger du private equity dans un PER ? Oui, et c'est même devenu la norme : depuis le 24 octobre 2024, la loi industrie verte impose aux nouveaux PER en gestion pilotée à horizon des planchers d'actifs non cotés allant de 6% (profil prudent) à 15% (profil offensif) loin de la retraite, dégressifs ensuite. L'enveloppe s'y prête particulièrement : l'épargne retraite est déjà bloquée jusqu'au départ, ce qui neutralise l'illiquidité du non coté, et les gains capitalisent sans frottement fiscal. Reste l'essentiel : capital non garanti, frais en couches et dispersion des fonds imposent de regarder ce que contient réellement votre plan.
Le PER, enveloppe naturelle du non coté
Le reproche principal fait au private equity est son illiquidité : 5 à 10 ans de blocage sur un fonds fermé, des fenêtres de rachat encadrées sur les fonds evergreen. Or le PER est précisément une enveloppe verrouillée : hors cas de déblocage anticipé (accidents de la vie, acquisition de la résidence principale), l'épargne n'est disponible qu'à la retraite. Pour un actif de 40 ans, l'horizon du plan dépasse 20 ans : le défaut structurel du non coté y pèse beaucoup moins que sur un compte-titres ou un livret.
L'argument vaut dans les deux sens. C'est justement parce que l'épargnant ne peut pas sortir que le régulateur et le gestionnaire peuvent loger dans le PER des actifs longs, potentiellement plus rémunérateurs : c'est toute la logique de la gestion pilotée à horizon, qui prend plus de risques quand la retraite est lointaine et sécurise ensuite.
Ce que la loi industrie verte impose depuis octobre 2024
Pour les PER souscrits depuis le 24 octobre 2024 en gestion pilotée à horizon (le mode de gestion par défaut), une part minimale de l'allocation doit être investie en actifs non cotés : private equity, dette privée ou infrastructures, via des unités de compte de type FCPR, fonds evergreen ou ELTIF. Les planchers, applicables lorsque l'échéance de la retraite est lointaine, sont les suivants :
| Profil de gestion pilotée | Plancher de non coté (horizon lointain) |
|---|---|
| Prudent | 6% |
| Équilibré | 8% |
| Dynamique | 12% |
| Offensif | 15% |
Deux mécanismes tempèrent ces chiffres. D'abord la dégressivité : les minimums baissent par paliers à l'approche de la retraite, jusqu'à s'éteindre sur les dernières années, au profit d'actifs sécurisés. Ensuite le calendrier de déploiement : comme le rappelle France Épargne, assureurs et gestionnaires ont jusqu'à fin 2026 pour atteindre les allocations cibles dans les mandats concernés. Concrètement, des millions de titulaires de PER détiennent déjà, ou détiendront d'ici quelques mois, du private equity sans avoir signé le moindre bulletin de souscription spécifique.
À noter : les quotas ne s'appliquent ni à la gestion libre, ni aux anciens plans, et l'assurance-vie obéit à une grille différente (4% en équilibré, 8% en dynamique), que nous détaillons dans notre guide du private equity en assurance-vie.
Le double étage fiscal du PER
Le PER cumule deux avantages qu'aucune autre enveloppe n'offre simultanément :
- à l'entrée, les versements volontaires sont déductibles du revenu imposable, dans la limite des plafonds d'épargne retraite. Pour un contribuable en tranche à 41%, verser 10 000€ ne coûte réellement que 5 900€ d'effort net ;
- pendant la vie du plan, les gains capitalisent sans aucun frottement fiscal. Un fonds non coté détenu en direct subit la flat tax de 31,4% (2026) sur ses distributions imposables ; dans le PER, tout est réinvesti à 100%.
La contrepartie se paie à la sortie : le capital est imposé selon l'origine des versements (les versements déduits sont réintégrés au barème, les gains subissent le prélèvement forfaitaire). L'arbitrage global reste souvent favorable lorsque le taux marginal d'imposition baisse à la retraite, ce qui est le cas de la majorité des épargnants. Sur un actif long et capitalisant comme le private equity, l'absence de frottement pendant 15 ou 20 ans peut faire une différence substantielle à hypothèse de rendement identique.
Ce potentiel se manie avec des pincettes : le TRI net moyen du capital-investissement français ressort à 12,4% par an sur 10 ans à fin 2024 selon France Invest / EY, mais cette moyenne cache une dispersion énorme entre gérants, et rien ne garantit sa répétition. Notre analyse du rendement du private equity détaille les biais de ces chiffres.
Pour mesurer ce qu'une poche non cotée change dans votre épargne retraite, testez plusieurs hypothèses, y compris défavorables : simulez votre allocation private equity →
En pratique : gestion pilotée ou gestion libre
En gestion pilotée, vous n'avez rien à faire : la poche non cotée est intégrée automatiquement selon votre profil et votre horizon. Votre travail se limite à la vérification : quels fonds composent la poche, quels frais totaux, quel historique de la société de gestion. Le reporting annuel du plan doit répondre à ces trois questions.
En gestion libre, tout dépend du référencement du contrat. Les meilleurs PER proposent des FCPR, des fonds evergreen ou des ELTIF en unités de compte, parfois dès quelques centaines d'euros. Avant d'arbitrer, contrôlez quatre points : l'agrément AMF de la société de gestion, la fréquence de valorisation (souvent mensuelle ou trimestrielle, pas quotidienne), les conditions de rachat et de préavis, et l'empilement des frais. Étalez vos souscriptions dans le temps plutôt que d'investir en une fois : le non coté aussi a ses cycles.
Le choix du plan lui-même compte : tous les PER ne se valent pas sur le non coté, et notre guide du PER passe en revue les critères de sélection d'un bon contrat.
Les limites à connaître avant de signer
- Capital non garanti. La valeur des UC non cotées peut baisser, et la perte peut être significative. Les quotas réglementaires imposent une exposition, jamais un résultat.
- Valorisation à dire d'expert. Les participations non cotées sont valorisées par expertise, sans cours de Bourse quotidien. Cette apparente stabilité peut masquer un risque économique bien réel, susceptible de se matérialiser brutalement lors d'un retournement.
- Frais en couches. Frais de gestion du PER (0,5 à 1% par an sur les UC), plus frais du fonds non coté (souvent 2 à 3% par an), plus commission de surperformance éventuelle. Exigez le total, pas chaque ligne isolément.
- Liquidité encadrée. Les arbitrages sur UC non cotées subissent préavis, fenêtres et plafonds de rachat. À l'approche de la retraite, anticipez la sortie plusieurs années à l'avance, surtout pour une sortie en capital.
- Dose à maîtriser. Les planchers réglementaires ne sont pas des cibles personnelles. La bonne dose dépend de votre patrimoine global et de vos autres poches non cotées : notre guide combien investir en private equity donne la méthode.
Ce qu'il faut retenir
Le PER est devenu, avec l'assurance-vie, la principale porte d'entrée des Français vers le private equity : quotas obligatoires de 6 à 15% en gestion pilotée depuis la loi industrie verte, déduction des versements à l'entrée, capitalisation sans frottement pendant des décennies, et une illiquidité du non coté neutralisée par le blocage naturel de l'enveloppe. Les règles de la classe d'actifs restent entières : capital non garanti, dispersion des gérants, frais à surveiller ligne à ligne. Vérifiez ce que contient votre plan, dosez la poche en fonction de votre patrimoine global, et pour situer le PER parmi les autres voies d'accès, consultez notre page investir en private equity et notre guide complet du private equity.