Publié le 14 juillet 2026
Quel rendement attendre du private equity ? Les chiffres sourcés existent : TRI net de 12,4% par an sur 10 ans à fin 2024 pour le capital-investissement français selon France Invest / EY, contre 8,9% pour le CAC 40. Mais cette moyenne cache l'essentiel : une dispersion énorme entre fonds (plus de 20% par an pour le quartile supérieur, moins de 5% pour le quartile inférieur), des biais de mesure, une courbe en J qui plombe les premières années, et un capital jamais garanti. Voici les vrais chiffres, et comment les lire.
Les chiffres de référence : l'étude France Invest / EY
La source la plus solide sur le marché français est l'étude annuelle de performance nette réalisée par France Invest et EY. La 31e édition, publiée le 8 juillet 2025 sur les données à fin 2024 auprès de 185 sociétés de gestion, retient trois enseignements :
| Indicateur (à fin 2024) | Valeur |
|---|---|
| TRI net sur 10 ans | 12,4% par an |
| TRI net depuis l'origine | 11,3% par an |
| Fonds créés depuis 2008 et liquidés | TRI de 14,1%, multiple de 1,78x |
Ces performances sont nettes de frais de gestion et de carried interest, ce qui en fait une base honnête. L'étude note aussi que les rendements reculent par rapport à fin 2023, dans un environnement économique et géopolitique incertain : le private equity n'échappe pas aux cycles.
Private equity contre actions cotées : une comparaison honnête
Sur 10 ans à fin 2024, l'étude mesure 12,7% nets par an pour le capital-investissement contre 8,9% pour le CAC 40 et 8,3% pour le CAC All-Tradable, en méthode PME (qui réplique les flux d'investissement du non coté sur l'indice pour comparer ce qui est comparable). L'écart d'environ 4 points par an est significatif, mais trois nuances s'imposent :
- L'écart varie selon les périodes. Les millésimes lancés au plus haut du cycle ont parfois fait moins bien que le coté. La surperformance est une tendance longue, pas une constante annuelle.
- La volatilité apparente est trompeuse. Le non coté est valorisé trimestriellement par expertise, ce qui lisse artificiellement les à-coups. Le risque économique sous-jacent est au moins équivalent à celui des actions, il est simplement moins visible.
- La liquidité a un prix. Les 4 points d'écart rémunèrent notamment le blocage des fonds pendant 8 à 10 ans. Un investisseur qui doit sortir prématurément ne captera jamais cette prime.
La dispersion : la statistique qui compte vraiment
En actions cotées, un ETF vous garantit la moyenne du marché. En private equity, personne n'achète la moyenne : on achète un fonds, et l'écart entre fonds est considérable. Les ordres de grandeur observés sur longue période :
| Quartile de fonds | Performance annuelle typique |
|---|---|
| Quartile supérieur | Plus de 20% par an |
| Médiane | Autour de 12% par an |
| Quartile inférieur | Moins de 5% par an, parfois en perte |
Conséquence directe : la sélection du gérant est la décision la plus importante, loin devant le choix de l'enveloppe ou le timing. Un critère éprouvé est la régularité de la société de gestion sur plusieurs millésimes successifs. C'est aussi pourquoi les particuliers ont intérêt à diversifier entre plusieurs fonds et plusieurs années de lancement, comme nous l'expliquons dans notre guide private equity pour les particuliers.
Les biais des moyennes affichées
Avant de projeter 12,4% par an sur votre épargne, gardez en tête quatre biais :
- Valorisations non réalisées. Une partie des TRI intermédiaires repose sur des participations non encore cédées, valorisées à dire d'expert. Seuls les fonds liquidés donnent la performance définitive.
- Biais de déclaration. Les études agrègent les fonds des sociétés participantes ; les gérants en difficulté sont moins enclins à communiquer, ce qui tire les moyennes vers le haut.
- TRI contre multiple. Le TRI surpondère les distributions précoces : un fonds peut afficher un TRI flatteur avec un multiple médiocre. Lisez toujours les deux (les fonds liquidés de l'étude affichent 14,1% de TRI pour 1,78x de multiple).
- Écart institutionnel / retail. Les chiffres France Invest mesurent des fonds majoritairement institutionnels. Les véhicules retail (FCPR grand public, unités de compte) ajoutent des couches de frais, droits d'entrée et contraintes de liquidité qui rognent la performance servie au particulier. Notre comparatif FCPR, FCPI, FIP détaille ces frais.
Du rendement affiché au rendement dans votre poche
Pour un particulier, trois étages séparent encore le chiffre de l'étude du résultat final :
- Les frais du véhicule d'accès. Un FCPR retail ou un feeder ajoute souvent des droits d'entrée (jusqu'à 5%) et 2 à 3% de frais annuels au-dessus du fonds cible. Sur 10 ans, l'écart avec la performance institutionnelle peut atteindre plusieurs points par an.
- La trésorerie non appelée. Le capital d'un fonds fermé est appelé progressivement sur 3 à 5 ans : l'argent en attente, placé en support monétaire ou en fonds euros, dilue le TRI global de votre poche.
- La fiscalité. En direct, les gains imposables subissent la flat tax de 31,4% en 2026 ; un FCPR fiscal conservé 5 ans exonère l'impôt sur le revenu (les prélèvements sociaux restent dus), et l'assurance-vie capitalise sans frottement. À rendement brut égal, l'enveloppe change sensiblement le net.
La courbe en J : pourquoi les débuts déçoivent toujours
Un fonds de private equity fermé suit un profil de performance en J. Les 3 à 5 premières années, la valeur de vos parts baisse mécaniquement : les frais de gestion sont prélevés sur le capital appelé, les entreprises viennent d'être acquises et ne sont pas revalorisées, et les cessions n'ont pas commencé. La performance ne se matérialise que dans la seconde moitié de vie du fonds, au rythme des reventes de participations.
Deux implications pratiques : ne jugez jamais un fonds sur ses 3 premières années, et n'investissez que de l'argent dont vous n'aurez rigoureusement pas besoin, car sortir pendant le creux du J (quand c'est seulement possible) cristallise une perte.
Pourquoi le long terme est non négociable
Le rendement du private equity ne se décrète pas, il se construit sur la durée : le gérant transforme les entreprises (croissance, acquisitions, désendettement) puis les revend, un cycle de 5 à 7 ans par participation. Raccourcir l'horizon revient à payer les frais et le creux du J sans encaisser les cessions. Concrètement :
- horizon minimum : 8 à 10 ans sur un fonds fermé, y compris via l'assurance-vie ;
- espérance raisonnable : un objectif de 10 à 15% par an constitue une fourchette haute sur longue période, réservée aux bons fonds, et en aucun cas une promesse ;
- poche limitée : 5 à 15% du patrimoine financier pour la plupart des particuliers, jusqu'à 20-30% pour les grands patrimoines accompagnés, car le capital n'est pas garanti et l'argent est immobilisé.
L'enveloppe peut amplifier le résultat net : en direct, chaque distribution imposable subit la flat tax de 31,4% (2026), alors qu'en assurance-vie les gains capitalisent sans frottement, et le FAS de l'assurance-vie luxembourgeoise applique la même mécanique aux fonds institutionnels pour les patrimoines dépassant le million d'euros.
Pour traduire ces ordres de grandeur dans votre situation, testez plusieurs hypothèses de rendement, y compris défavorables : simulez votre allocation private equity →
Ce qu'il faut retenir
Le rendement du private equity français est documenté : 12,4% nets par an sur 10 ans à fin 2024, 11,3% depuis l'origine, 14,1% pour les fonds liquidés (France Invest / EY), avec environ 4 points d'avance sur le CAC 40 sur la décennie. Mais ces moyennes se méritent : elles supposent de sélectionner des gérants de qualité dans un univers extrêmement dispersé, d'accepter la courbe en J et 8 à 10 ans d'illiquidité, et de supporter des frais élevés, le tout sans aucune garantie en capital. Le private equity récompense la patience et la sélection, jamais la précipitation. Pour structurer votre approche de la classe d'actifs, consultez notre guide complet du private equity.