Publié le 15 juillet 2026
Quelle allocation d'actifs selon l'âge ? La règle « 100 moins l'âge » donne un premier repère : 75% d'actions à 25 ans, 45% à 55 ans. Les grilles professionnelles sont un peu plus dynamiques : environ 80% d'actions à 25 ans, 70% à 45 ans, 50% à 55 ans et 30% à la retraite. Mais le vrai critère n'est pas l'âge : c'est la date à laquelle vous aurez besoin de l'argent.
La règle « 100 moins l'âge » : utile mais trop courte
La règle la plus connue de l'allocation d'actifs tient en une soustraction : votre pourcentage d'actions = 100 moins votre âge. À 25 ans, 75% d'actions ; à 50 ans, 50% ; à 70 ans, 30%. La logique est saine : plus l'échéance approche, moins le portefeuille peut se permettre d'attendre la fin d'un krach, sachant que les marchés actions connaissent des baisses de 30 à 50% une à deux fois par décennie.
Ses limites sont tout aussi réelles :
- Elle ignore l'horizon réel. Un trentenaire qui épargne pour un apport immobilier dans 3 ans ne doit pas détenir 70% d'actions sur cette somme.
- Elle ignore la tolérance au risque. Un épargnant qui panique et vend à -20% détruira plus de valeur qu'une allocation « théoriquement » optimale ne lui en apportera. Notre diagnostic de profil investisseur aide à situer cette tolérance.
- Elle ignore le reste du patrimoine. Un fonctionnaire avec une pension garantie peut se permettre plus d'actions qu'un indépendant sans filet, à âge égal.
- Elle date d'une époque de retraites courtes. Avec 20 à 25 ans d'espérance de vie à 65 ans, réduire les actions à 35% dès 65 ans peut exposer à l'érosion de l'inflation.
Verdict : un point de départ, pas une réponse.
Le glide path : la désensibilisation par décennie
Le « glide path » (trajectoire de vol) organise la baisse progressive du risque à mesure que l'échéance approche. C'est exactement le principe de la gestion pilotée horizon retraite du PER, mode de gestion par défaut imposé par la loi PACTE.
Grille repère pour un départ à 65 ans (hypothèses : épargne de long terme dédiée à la retraite, profil équilibré à dynamique, épargne de précaution déjà constituée par ailleurs) :
| Âge | Années avant retraite | Actions | Obligations | Immobilier |
|---|---|---|---|---|
| 25 ans | -40 ans | 80% | 15% | 5% |
| 35 ans | -30 ans | 75% | 20% | 5% |
| 45 ans | -20 ans | 70% | 25% | 5% |
| 55 ans | -10 ans | 50% | 35% | 15% |
| 60 ans | -5 ans | 40% | 40% | 20% |
| 65 ans | Retraite | 30% | 45% | 25% |
La poche obligataire inclut ici le fonds euros ; la poche immobilier se construit typiquement en SCPI, dont les revenus prennent le relais du salaire à la retraite (voir notre guide SCPI et retraite). La composition détaillée de chaque poche est expliquée dans notre méthode du portefeuille diversifié en 4 poches.
Pourquoi tant d'actions si longtemps ? Parce que sur très longue période, elles restent le moteur : le MSCI World affiche 9,03% de rendement annualisé brut en dollars depuis fin 1987 (factsheet MSCI au 30 juin 2026), en traversant quatre krachs majeurs. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures, mais quarante ans d'horizon laissent le temps d'absorber les cycles.
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L'horizon compte plus que l'âge
Le glide path ci-dessus vaut pour un seul objectif : la retraite. En réalité, un patrimoine finance plusieurs projets avec chacun son échéance, et c'est l'échéance qui dicte l'allocation :
| Horizon du projet | Allocation adaptée | Exemples |
|---|---|---|
| Moins de 3 ans | 100% sécurisé (livrets, fonds euros) | Apport immobilier, travaux |
| 3 à 8 ans | 20 à 40% d'actifs risqués | Études des enfants, résidence secondaire |
| Plus de 8 ans | 60 à 80% d'actifs risqués | Retraite, indépendance financière |
| Transmission | Selon l'horizon des bénéficiaires | Assurance-vie, donation |
Deux conséquences contre-intuitives : un jeune de 28 ans qui achète dans 2 ans doit être investi prudemment sur cette poche, et un retraité de 70 ans qui investit pour ses petits-enfants peut légitimement loger 60% d'actions sur ce compartiment. L'âge est une approximation de l'horizon ; quand les deux divergent, suivez l'horizon.
Comment appliquer la désensibilisation en pratique
Inutile de tout arbitrer d'un coup à chaque anniversaire. La méthode la plus efficace consiste à orienter les nouveaux versements vers les poches à renforcer : à 50 ans, diriger l'épargne mensuelle vers les obligations et les SCPI fait glisser l'allocation sans vendre, donc sans frottement fiscal. Un contrôle annuel suffit ensuite pour vérifier que la répartition réelle suit la grille, avec un arbitrage correcteur si l'écart dépasse 5 points.
Cas types par décennie
À 25-30 ans : accumuler. Peu de capital, beaucoup de temps. Priorité aux versements programmés sur PEA et assurance-vie, 75 à 80% d'actions sur l'épargne longue. Le PER est moins prioritaire tant que la TMI reste à 11% (voir notre guide du PER pour jeune actif).
À 35-45 ans : optimiser. Les revenus et la TMI montent : le PER devient pertinent (déduction des versements, plafonds 2026 de 37 680€ pour les salariés et 88 911€ pour les TNS). L'allocation reste dynamique (70-75% d'actions), les projets intermédiaires (immobilier, études) se logent dans des poches dédiées plus prudentes.
À 50-55 ans : préparer la bascule. Dernière décennie de forte capacité d'épargne. On amorce la désensibilisation (50% d'actions vers 55 ans) et on structure les futurs revenus : SCPI, fonds euros, obligations datées. Notre guide PER à 50 ans détaille cette phase charnière.
À 60-65 ans et après : sécuriser sans stériliser. 30 à 40% d'actions pour continuer à faire travailler le capital sur 20 ans et plus, le reste en poches de revenus et de sécurité. Attention à l'excès de prudence : tout placer en fonds euros à 2,6% de moyenne (2025) expose à l'érosion réelle du pouvoir d'achat.
Ces repères sont des hypothèses de travail, pas des recommandations personnalisées : les supports en actions, unités de compte et SCPI comportent un risque de perte en capital. Chaque situation est particulière, faites valider votre allocation par un professionnel (conseiller en gestion de patrimoine).
Ce qu'il faut retenir
L'allocation d'actifs selon l'âge suit une pente descendante : environ 80% d'actions à 25 ans, 70% à 45 ans, 50% à 55 ans et 30% à la retraite, en cohérence avec les grilles de désensibilisation professionnelles. La règle « 100 moins l'âge » en donne une version simplifiée, mais le critère décisif reste l'horizon de chaque projet : sécurisé à moins de 3 ans, majoritairement investi au-delà de 8 ans, quel que soit l'âge. Pour construire la trajectoire complète, consultez notre page dédiée au plan d'investissement et évitez les pièges classiques du débutant.