Publié le 2 août 2026
Opter pour les frais réels remplace l'abattement forfaitaire de 10% appliqué automatiquement sur vos salaires. Le choix devient rentable dès que vos frais professionnels (trajets, repas, télétravail, double résidence) dépassent ce forfait. Le barème kilométrique 2026, inchangé par rapport à l'an dernier, permet par exemple de déduire 5 322€ pour 11 000 km parcourus en 5 CV, contre 3 000€ d'abattement pour un salaire de 30 000€.
Abattement de 10% ou frais réels : la règle du jeu
Par défaut, l'administration déduit automatiquement 10% de vos salaires au titre des frais professionnels, avec un minimum de 509€ et un maximum de 14 555€ par membre du foyer pour les revenus 2025, comme le rappelle service-public.gouv.fr. Vous n'avez rien à faire ni à justifier.
L'option pour les frais réels remplace ce forfait par vos dépenses professionnelles effectives. Trois règles à connaître avant de basculer :
- Le choix est individuel : dans un couple, chacun opte séparément pour le régime qui l'avantage.
- Le choix est annuel : vous pouvez revenir au forfait l'année suivante sans formalité.
- Les remboursements de l'employeur deviennent imposables : si vous passez aux frais réels, les allocations pour frais (indemnités kilométriques, forfait télétravail) doivent être réintégrées à votre salaire imposable.
La comparaison est donc simple : additionnez vos frais de l'année, comparez à 10% de votre salaire, et retenez le plus élevé. Chaque euro de frais au-delà du forfait réduit votre revenu imposable, donc votre impôt à hauteur de votre tranche marginale d'imposition.
Le barème kilométrique 2026 : le tableau officiel
Le poste le plus lourd est presque toujours le trajet domicile-travail. Le barème kilométrique applicable à la déclaration 2026 des revenus 2025 est inchangé (dernière revalorisation en 2023), avec d = distance annuelle parcourue à titre professionnel :
| Puissance fiscale | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d x 0,529 | (d x 0,316) + 1 065€ | d x 0,370 |
| 4 CV | d x 0,606 | (d x 0,340) + 1 330€ | d x 0,407 |
| 5 CV | d x 0,636 | (d x 0,357) + 1 395€ | d x 0,427 |
| 6 CV | d x 0,665 | (d x 0,374) + 1 457€ | d x 0,447 |
| 7 CV et plus | d x 0,697 | (d x 0,394) + 1 515€ | d x 0,470 |
Le montant obtenu est majoré de 20% pour les véhicules 100% électriques (pas pour les hybrides). Le barème est plafonné à 7 CV : une voiture de 9 CV utilise la dernière ligne. Il couvre carburant, entretien, assurance, dépréciation du véhicule ; s'ajoutent seulement les frais de péage et de stationnement justifiés, et les intérêts d'un crédit auto au prorata professionnel. Le simulateur officiel d'impots.gouv.fr fait le calcul à votre place.
Deux limites à connaître : un seul aller-retour par jour est admis en principe, et la distance prise en compte est limitée à 40 km par trajet aller (80 km par jour), sauf circonstances particulières à justifier (mutation du conjoint, précarité de l'emploi, état de santé).
Exemple : Julie habite à 25 km de son bureau et s'y rend 220 jours par an, soit 11 000 km, avec une Clio de 5 CV. Déduction : (11 000 x 0,357) + 1 395 = 5 322€. En électrique, la déduction serait portée à 6 386€.
Frais de repas : 15,65€ maximum par repas
Vous pouvez déduire un surcoût de repas si vous ne pouvez pas rentrer déjeuner chez vous en raison de vos horaires ou de l'éloignement. Le calcul 2026, détaillé sur impots.gouv.fr, repose sur deux valeurs : le plafond de 21,10€ par jour et la valeur d'un repas pris au foyer, fixée à 5,45€.
| Situation | Déduction par jour travaillé |
|---|---|
| Repas justifié (restaurant, à emporter) | Prix payé - 5,45€, plafonné à 15,65€ |
| Cantine ou restaurant d'entreprise | Prix payé à la cantine - 5,45€ |
| Frais réels engagés sans justificatifs | 5,45€ |
| Titres-restaurant | Déduction diminuée de la part employeur |
Sur 220 jours travaillés, un salarié qui justifie ses repas peut ainsi déduire jusqu'à 3 443€ : le poste est loin d'être anecdotique.
Télétravail : le forfait de 2,70€ par jour
Si votre employeur verse une allocation de télétravail, elle est exonérée dans la limite de 2,70€ par jour (59,40€ par mois, 626,40€ par an) et vos frais correspondants ne sont pas déductibles. S'il ne verse rien, vous pouvez déduire vos frais de télétravail en optant pour les frais réels, soit forfaitairement aux mêmes montants (2,70€ par jour dans la limite de 626,40€ par an), soit pour leur montant exact au prorata professionnel : électricité, chauffage, abonnement internet, fournitures, amortissement du mobilier de bureau.
Attention au faux ami : le déjeuner pris à domicile un jour de télétravail n'est jamais déductible, puisqu'il n'entraîne aucun surcoût par rapport à un repas au foyer.
Double résidence et autres frais déductibles
La double résidence vise le salarié contraint de vivre près de son travail alors que son conjoint (marié, pacsé ou concubin stable) travaille ailleurs. Si la situation est subie et non un choix de convenance, sont déductibles : le loyer et les charges du second logement, un aller-retour hebdomadaire vers le domicile familial au barème kilométrique ou au prix du billet, et les surcoûts de repas.
D'autres postes complètent la liste : frais de formation et de documentation professionnelle, cotisations syndicales (si vous renoncez au crédit d'impôt), vêtements spécifiques (uniforme, bleu de travail), matériel informatique au prorata professionnel, frais de déménagement pour mutation.
Quand les frais réels valent le coup : le seuil de bascule
La bascule dépend de deux variables : votre salaire (qui fixe le forfait de 10%) et votre distance domicile-travail. Illustration sur 220 jours travaillés avec une voiture de 5 CV, hors repas et télétravail :
| Trajet aller | Km par an | Frais réels (5 CV) | Verdict pour 30 000€ de salaire (forfait 3 000€) |
|---|---|---|---|
| 10 km | 4 400 | 2 798€ | Forfait plus avantageux |
| 15 km | 6 600 | 3 751€ | Frais réels gagnants |
| 25 km | 11 000 | 5 322€ | Frais réels largement gagnants |
| 40 km | 17 600 | 7 678€ | Frais réels très largement gagnants |
Pour Julie (25 km, salaire 30 000€), l'écart de déduction est de 2 322€. En TMI 30%, cela représente environ 697€ d'impôt en moins chaque année, avant même d'ajouter les repas. La méthode complète pour passer du revenu déclaré à l'impôt final est déroulée dans notre guide calculer son impôt pas à pas.
À l'inverse, un cadre parisien en transports en commun, dont l'abonnement est remboursé à 50% par l'employeur, dépasse rarement son forfait : les frais réels sont un régime de grands rouleurs, de doubles résidences et de télétravailleurs non indemnisés.
Justificatifs, cases et pièges à éviter
Concrètement, l'option se matérialise en reportant le total de vos frais dans les cases 1AK à 1DK de la déclaration, avec le détail du calcul dans une note (ou dans la rubrique dédiée en ligne). Ne joignez aucun justificatif, mais conservez tout pendant au moins 3 ans : factures, tickets, attestations, relevés de péage. Si c'est votre toute première déclaration, prenez le réflexe de constituer ce dossier dès janvier.
Trois pièges classiques : oublier de réintégrer les remboursements de frais de l'employeur, déduire des trajets au-delà de 40 km sans motif recevable, et compter des repas en télétravail. Chacun de ces points est vérifié en priorité en cas de contrôle.
Vos frais réels sont optimisés ? C'est un levier parmi d'autres : calculez vos économies d'impôt possibles avec notre simulateur gratuit →
Frais réels et stratégie fiscale globale
Les frais réels réduisent le revenu imposable, exactement comme un versement sur un PER déductible : leur rendement fiscal est égal à votre TMI. Un salarié en TMI 41% récupère ainsi 41 centimes par euro de frais au-delà du forfait. Les autres leviers (réductions, crédits d'impôt, déficits) sont passés en revue dans notre guide comment réduire ses impôts en 2026.
Ce qu'il faut retenir
L'abattement de 10% reste le régime par défaut, simple et sans justificatif. Basculez aux frais réels si vos trajets (barème kilométrique inchangé en 2026, majoré de 20% en électrique), vos repas (15,65€ maximum par repas justifié) et votre télétravail (626,40€ par an au forfait) dépassent 10% de votre salaire. Faites le calcul chaque année, conservez vos justificatifs 3 ans, et gardez en tête que le gain réel dépend de votre TMI. Tous nos guides sont sur la page impôts.